Mardi 6 avril 2010 2 06 /04 /Avr /2010 16:01

call center

Je m’appelle Sonya Duval… je suis employée depuis plus de 10 ans dans un service qui traite les réclamations clients, je suis divorcée avec une fille de 13 ans.

 

Tout a commencé quand mes statistiques téléphoniques ont baissé… On me reprochait de plus en plus mal servir et renseigner les clients ! Mais bon, moi, je voulais faire mon maximum, mais ce n’était pas simple dans cette société, il y avait beaucoup de turnover, des filles qui partaient du jour au lendemain parce qu’elles ne supportaient plus le stress…

 

Un matin, mon responsable de département m’a convoqué et il m’a dit :

- Sonya, qu’est-ce qui ne va pas dans votre vie actuellement ?

-  Vous n’êtes pas dans votre assiette, ça se voit bien !


J’ai répondu que dans ma vie, tout allait bien, et que j’avais simplement une petite baisse de régime au niveau professionnel, parce que ça devenait lourd de laisser couler les remarques désobligeantes des clients… Il m’a répondu que depuis la nuit des temps, les clients téléphonaient quand ça n’allait pas, que le service était fait pour cela, et que je travaillais ici depuis assez longtemps pour le savoir et que… si c’était vraiment la raison… il faudrait peut-être que j’envisage de me remettre en question, au risque, si je ne le faisais pas, de devoir me trouver un autre travail… et il a ajouté que ce serait dommage, parce qu’il m’a toujours fait de bonnes évaluations, et qu’il pense en fait que la vraie raison est ailleurs !

Ensuite il s’est levé et il est venu derrière moi et, en posant ses mains sur mes épaules, il m’a dit qu’il avait une profonde confiance en moi et en mes compétences, et qu’il souhaitait que je me confie à lui si quelque chose n’allait pas, il a ajouté qu’il serait plus attentif à moi ces prochaines semaines…


J’ai regagné mon poste de travail, j’ai remis mon casque sur les oreilles et j’ai continué à me forcer à répondre au téléphone…. Seulement voilà, les appels sont devenus de plus en plus durs, les gens de plus en plus nerveux et violents, et mes statistiques ne sont pas vraiment remontées… alors, après quelques semaines, il m’a convoqué dans son bureau et il m’a dit qu’il allait devoir faire quelque chose qu’il n’aimait pas trop… j’ai eu peur parce que je ne peux pas me retrouver sans travail, et avant même qu’il ne me dise quoi que ce soit, je lui ai confié que j’avais une petite fille, je devais payer la crèche, les traites de la maison que mon ex-mari n’assumait plus depuis qu’il avait quitté le pays, et je ne pouvais pas tout perdre… et, en pleure, je lui ai promis de faire un effort, un gros effort, et il est revenu derrière moi comme la première fois, en posant à nouveau ses mains sur mes épaules, mais cette fois-ci en me massant la nuque et le cou… moi, je disais rien, entre deux sanglots, j’étais tétanisée et j’ai pas osé bouger quand ses mains sont passées sous le col de ma blouse pour venir à même la peau… Il m’a dit qu’il savait depuis le début qu’il y avait un problème extra-professionnel chez moi et que j’aurais dû lui en parler avant, qu’il n’était pas un monstre, qu’il pouvait comprendre, et en même temps il me caressait les épaules en passant ses mains sous les bretelles de mon soutien-gorge, et moi je ne savais pas quoi faire, bloquée et tremblante…


Il m’a dit qu’il me laissait encore une chance, et qu’il allait même prendre du temps avec moi, et qu’on allait commencer dès aujourd’hui par un rafraichissement des techniques de téléphone… mais à la fin de la journée de travail, quand tout le monde serait parti et qu’on serait tranquille… j’ai donc dû commencer à m’arranger avec la nounou pour qu’elle garde Lucie plus longtemps, et on a commencé à faire des révisions le soir après le travail… il m’a très vite demandé de me mettre à l’aise et de moins me contracter… il a très vite pris l’habitude aussi de me tenir, de me frôler, de me complimenter sur mes tenues et sur mes formes…


Il était gentil avec moi, très gentil même, mais aussi très marié, et j’ai essayé de garder une certaine retenue quand nous révisions. Seulement, il changeait d’humeur quand par exemple je portais un col roulé ou quand je mettais une tenue très neutre, stricte… et sans vraiment m’en rendre compte j’ai commencé à lui obéir, à sourire quand il me le demandait, à dégrafer un bouton de mon chemisier quand il faisait très chaud.

Je me suis même surprise à choisir des « wonderbra » dans mes achats de sous-vêtements… mais surtout, j’ai arrêté de sortir avec mes copines, j’ai cessé mes activités aux restos du cœur aussi. Inconsciemment, je me suis retrouvée complètement seule, au point que j’étais presque contente d’aller travailler… surtout qu’il m’a changé de département et je me suis retrouvée seule dans un bureau avec la fonction d’assistante du responsable de département… les collègues ont bien essayé de me raisonner mais ce n’était pas elles qui allaient me verser ma paie à la fin du mois, et en plus je mettais cela sur le compte de la jalousie maladive des filles qui supportent pas que l’on puisse avoir ce qu’elles n’ont pas… je n’étais plus au téléphone et même si ma charge de travail était très lourde, je n’avais plus ce stress quotidien, alors j’ai tout accepté en me jurant de ne pas aller au-delà d’un certain stade…

 

Et le stade que je redoutais… s’est présenté à moi.. sous la forme d’une énième soirée d’heures supplémentaires où, rentrant d’un séminaire où ils n’avaient certainement pas bu que de l’eau, il est passé tard au bureau en étant sur de m’y trouver, parce qu’il m’avait donné assez de dossiers à traiter dans la journée pour que je ne sois pas encore partie… et alcool aidant… il s’est mis à me caresser une fois de plus les épaules… mais cette fois, il s’est collé contre mon dos et j’ai senti ses envies contre moi… je me suis réveillée de ma torpeur et, en une fraction de secondes, je me suis rendue compte de ce qui était en train de m’arriver et je ne le voulais pas…

 

Alors j’ai cherché à me lever mais ses mains se sont crispées sur mes épaules et j’ai eu l’impression que tout son corps s’appuyait sur moi….. j’ai voulu me dégager mais il m’a tirée en arrière sur la chaise en me disant que je n’allais pas commencer à faire des manières avec lui, qu’il avait appris à me connaître et qu’il s’était rendu compte qu’il me plaisait, et même que je faisais tout pour le provoquer… il n’y avait qu’à voir comment je m’habillais depuis un bout de temps et tout ce que j’avais tenté pour obtenir ses faveurs professionnelles et que maintenant … c’était lui faire un affront que de ne pas accepter que lui vienne à moi… surtout que, comme je vivais seule et ne sortais jamais, je ne devais avoir aucune relation avec aucun homme et certainement que seul lui voulait encore de moi car il avait appris a me connaître et savait que j’étais complexée…

 

J’ai paniqué, je me suis dégagée et je me suis redressée sur mes jambes en me retournant… je voulais lui faire face, je ne supportais plus sa présence dans mon dos… il a écarté la chaise d’un geste brusque, son regard avait changé, ses yeux étaient devenus couleur acier, il se dégageait de lui une impression de froideur insoutenable… même sa voix avait changé…

- Tu vas pas t’en tirer comme ça !

- T’es rien sans moi !

- Tu me dois tout, et maintenant il va falloir que tu me respectes !

 

J’étais de plus en plus tétanisée, appuyée contre le bureau et à sa merci… il s’est jeté sur moi, m’attrapant par les poignets qu’il s’est mis a tordre… la douleur a été tellement forte que mes jambes ont cédé et je suis tombée à genoux devant lui… il m’a lâché un bras et m’a fait une clef dans le dos avec l’autre et, de sa main libre, il a ouvert son pantalon… je le suppliais de ne pas me faire aussi mal, mais il continuait en m’insultant, me traitant d’allumeuse et de salope et me disant qu’il fallait que j’éteigne le feu que j’avais allumé en lui… il a sorti son sexe, ça sentait mauvais, la transpiration et le désir bestial… il m’a dit que je devais le sucer… je fermais la bouche, je ne le voulais pas… je ne le voulais pas… il m’a saisi par les cheveux et m’a appuyé le visage contre son ventre… je me suis mise à pleurer, n’osant pas ouvrir la bouche pour crier… il devenait de plus en plus violent… je l’ai regardé à un moment donné, suppliante, les yeux inondés de larmes, en implorant sa pitié… ses yeux qui étaient devenus rouges… j’ai crié que j’avais le diable devant moi….

 

J’ai fermé les yeux… je me suis dis que j’allais mourir … j’ai même pensé que je préférerais mourir… et je me suis totalement laissée sombrer… et là, il a relâché mon bras, il a remonté son pantalon sèchement et s’est accroupi devant moi… j’étais moitié assise sur la moquette, la tête penchée en avant, il m’a aidé à me relever, il avait l’air paniqué… il m’a secouée en me demandant de le regarder… mon regard était vague, j’étais partie, ailleurs, je l’entendais comme si sa voix était lointaine… il a reboutonné maladroitement mon chemisier qui s’était ouvert pendant l’agression, il m’a dit et répété qu’il ne s’était rien passé… que j’avais eu un malaise… que je travaillais trop et qu’il allait me raccompagner chez moi…

 

J’essayais de reprendre mes esprits, j’entendais ses mots au loin, je savais que je n’avais pas rêvé mais j’étais en état de choc et si mon inconscient me disait de ne pas le croire, mon conscient se mettait à douter…. Il était redevenu gentil, prévenant, il m’a passé sa gabardine sur les épaules, il m’a soutenue, on est sorti… il a fermé la porte, il a vérifié que les lumières soient éteintes partout, il n’était pas tranquille, il regardait dans tous les bureaux… je le distinguais à travers un voile flou… on s’est retrouvé dans l’ascenseur, puis dans le parking, puis sur le périphérique en direction de chez moi… il semblait connaître parfaitement le chemin… moi, j’avais le visage collé à la vitre , je me souviens qu’il pleuvait, je me souviens que la vitre était fraiche et que ça me faisait bizarre sur les lèvres et sur la joue, presque du bien… je me souviens qu’il a freiné brusquement à un moment donné, et qu’il y avait des feux bleus loin devant… il parlait tout seul, il disait qu’il était fichu, il a mis le clignotant, j’ai senti la voiture ralentir encore et je l’ai entendu souffler tout en bougeant sur son siège, comme s’il se recoiffait ou remontait sa cravate… il a descendu la vitre électrique… j’ai entendu une autre voix… j’ai compris que c’était peut-être mon salut… j’ai essayé de rassembler toutes mes forces pour faire quelque chose… la voiture s’est totalement immobilisée, un homme s’est adressé a lui !


- Gendarmerie nationale, vos papiers s’il vous plait


Il a essayé de donner le change, expliquant qu’il avait peut-être roulé un peu vite mais que c’était surtout pour moi, parce que j’avais eu un malaise au bureau et qu’il voulait me ramener chez moi… le gendarme s’est penché et m’a braqué sa lampe de poche sur le visage et j’ai vu son visage se décomposer… il a fait un pas en arrière, a mis la main à la ceinture en criant

- Sortez du véhicule

 

J’ai senti la voiture redémarrer en trombe, puis un double bruit d’explosion sourde et la voiture qui part à droite et vient frotter la glissière de sécurité…. En s’immobilisant très vite… je cherche à sortir, j’entends la portière du conducteur qui s’ouvre et je l’entends jurer sur la ceinture de sécurité qui ne se détache pas… ensuite, ça va très vite, je sens que je me retrouve seule dans la voiture, j’entends des cris, une sommation… je ferme les yeux, j’ai soudain mal partout…. Un coup de feu claque… puis un long silence….

 

Un long silence avec une odeur écœurante qui semble remplir l’habitacle de la voiture…. Je sens mon corps devenir tout léger… je me retrouve au-dessus de la voiture ! Je flotte et je vois tout ce qui se passe juste en-dessous de moi, la voiture a les 4 roues crevées, il y a des gendarmes partout qui courent dans toutes les directions, essayant de faire ralentir les voitures qui arrivent sur la route.

 

Le chef de département est couché sur le ventre juste à trois mètres de la voiture qui fume maintenant, il y a un gendarme qui lui met son genou sur la tête pendant qu’il semble lui passer les menottes et un autre qui est carrément couché sur lui… je l’entends crier qu’il lui font mal, mais ça ne change rien pour les gendarmes. Un peu plus loin, j’entends une discussion entre deux gendarmes qui disent que c’était juste… qu’ils ont manqué de le rater….

gyrophare+police

 

J’entends au loin le bruit d’une ambulance, je suis toujours dans l’habitacle et une femme gendarme semble me parler en détachant ma ceinture de sécurité… j’ai le visage… tuméfié, je me vois… je ne ressens rien… j’entends la gendarme qui m’appelle puis je la vois ressortir paniquée et faire de grands gestes en direction d’autres agents qui courent dans sa direction… je ressens une chaleur incroyable, une plénitude…

 

J’ai l’impression de monter, de voir cette scène de plus en plus haut, j’entends tout, je vois tout comme un spectateur privilégié…. Dans mon esprit repasse ma vie… j’entends les voix de mes amies qui me disent que je devais m’y attendre, mais paradoxalement ce ne sont pas des reproches mais des constatations… je constate … que je meurs… je m’en vais… l’ambulance déboule, ils sortent un brancard, ils plongent libéralement dans l’habitacle et je les vois me ressortir et me mettre sur la civière… je suis couverte de sang, il me mettent une minerve et un masque sur le visage… j’ai chaud, je suis bien à les regarder…. Ils m’emballent dans une espèce de couverture dorée et me mettent dans l’ambulance, je vois l’un ressortir et s’installer en courant au volant, et je vois le véhicule partir toutes sirènes hurlantes… je suis bien… mon corps s’en va et moi je me sens aussi partir mais ailleurs….


J’ai repris conscience quelques jours plus tard, un matin… la femme gendarme était là, elle me regardait et quand elle a vu que j’étais lucide, elle s’est présentée… c’est elle qui est intervenue la première dans la voiture, je l’ai regardée longuement et son visage m’a tout à coup dit quelque chose… oui je l’avais déjà vue… elle travaillait dans le même département téléphonique que moi et je me souviens bien maintenant d’elle… la plus virulente pour me dire de faire attention à mon chef… la plus jalouse de toutes, j’ai pensé au début….

Elle m’a demandé si je voulais savoir ce qui s’était passé… je lui ai dit ce dont je me souvenais… ce que je viens de vous raconter, Monsieur le juge... Mais que m’est il vraiment arrivé ?

Par filemoitou - Publié dans : Fiction
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